Playbook Paris: Les syndicats à Matignon — Macron en Chine — Le retour du SNU

Playbook Paris: Les syndicats à Matignon — Macron en Chine — Le retour du SNU
Опубликовано: Wednesday, 05 April 2023 06:14

Le briefing politique essentiel du matin.




Par ANTHONY LATTIER


Avec ELISA BERTHOLOMEY


Envoyez vos infos | Abonnez-vous gratuitement | Voir dans le navigateur


Bonjour à toutes et à tous, très bon réveil, nous sommes mercredi 5 avril 2023.


RÉFORME DES RETRAITES


LE TEMPS DU DÉBAT. Les représentants de huit syndicats feront face à Elisabeth Borne à Matignon, ce matin à 10 heures. La Première ministre l’a promis : elle sera “à l’écoute” de l’intersyndicale et s’est dite prête à discuter de tous les sujets. “Pas d’ordre du jour”, promettait encore hier son entourage.


Tous les sujets, mais… La cheffe du gouvernement a néanmoins indiqué lundi qu’elle aimerait surtout parler “qualité de vie au travail, fins de carrières ou prévention de la pénibilité”, plutôt que report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, comme le veulent les syndicats.


Sans illusion. L’entourage de Borne tâchait donc hier de ne pas susciter trop d’attentes autour de cette rencontre, modestement présentée comme une “première étape pour renouer le dialogue”. “Tout le monde est d’accord pour dire que rien ne doit être conclusif”, prévenait encore un ministre de premier plan, avant tout curieux de voir comment les syndicats acteront leur désaccord avec le gouvernement.


Binet débinée. La toute nouvelle secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, perçue au gouvernement comme “très très très doctrinaire”, comptera bien sûr parmi les participants. Elle a donné le ton en refusant d’échanger au téléphone avec Elisabeth Borne et Olivier Dussopt avant la rencontre de ce matin, relate L’Express.


Speed dating. “La question de cette réunion, c’est de savoir si Sophie Binet claque la porte dès le départ, et qui la suit ?”, exposait le ministre cité plus haut. Autrement dit, le patron de la CFDT Laurent Berger emboîtera-t-il le pas de sa nouvelle acolyte cégétiste, qui a d’ores et déjà annoncé sur France Inter que le rendez-vous risquait “d’être très rapide” si la Première ministre n’acceptait pas de retirer sa réforme. Berger a posé ses propres conditions en d’autres termes : “Si on me dit ‘vous ne pouvez pas en parler’ [de la réforme des retraites], alors on partira”.


Jouer la montre. “C’est un test pour l’unité syndicale”, nous écrivait un proche du président hier soir. Analyse d’un député bon connaisseur du champ social : “La durée de la réunion est une unité de mesure de l’entente ou de la mésentente entre syndicats et gouvernement, donc les syndicats ne peuvent pas rester longtemps. S’ils le font, ils pactisent symboliquement avec l’exécutif”. Pas forcément la meilleure idée à la veille d’une nouvelle journée de mobilisation.


LE RETOUR DU SNU


IL MARCHE SEUL. Certes, le service national universel (SNU) ne figure pas dans la loi de programmation militaire présentée hier en Conseil des ministres. Mais Emmanuel Macron n’a pas tout à fait enterré l’idée de le généraliser. Il l’a fait savoir, lors du même Conseil, malgré les réticences d’une partie de sa majorité et des acteurs concernés — dont Playbook vous parlait ici.


Mis à SNU. Selon des propos rapportés par deux participants, le président a mis l’accent sur l’importance de “bâtir une indépendance française, une indépendance complète”, avant d’insister sur la nécessité que “le pays soit souverain et pas vassalisé”. “Il nous faut aussi une force d’âme et le SNU est indissociable de cette force d’âme. Ma détermination est entière”, a-t-il alors conclu, sans autres précisions.


Partie remise. La prise de parole d’Emmanuel Macron répondait en creux aux révélations de l’Opinion. Le quotidien écrivait en effet la semaine dernière que le SNU ne serait finalement pas rendu obligatoire, compte tenu notamment du contexte social inflammable, avant d’apporter cette précision : “pour l’instant”.


Fait rare : entre-temps, l’Elysée avait fait savoir que “le président n’a[vait] pas encore pris sa décision”. “Quelle que soit la forme qu’il prendra, le SNU aura lieu”, nous assurait-on hier au cabinet de Sarah El Haïry, qui nous rappelait qu’une administration spécifique avait été mise en place — le SNU est même dans l’intitulé de poste de la secrétaire d’Etat.`


Vous êtes bien sûrs ? Mais le petit discours du chef de l’Etat, quoique vindicatif, n’a pas convaincu tout le monde autour de la table. Ainsi un ministre interrogé à la mi-journée nous affirmait-il, sans l’ombre d’un doute, que le SNU n’était “pas définitivement, mais durablement” enterré. Le même souligne le coût estimé de la marotte présidentielle : trois milliards d’euros par an. Emmanuel Macron, très attaché à ce projet, a-t-il simplement voulu sauver la face ? “Le président ne dit jamais rien par hasard”, souriait en réponse un autre membre du gouvernement joint par Playbook en fin de journée.


DIPLO FOCUS


MACRON EN CHINE. Au moment où vous recevez votre infolettre, le chef de l’Etat survole la Chine avant d’atterrir à Pékin dans quelques heures. Au programme : une visite fleuve de trois jours, avec l’espoir de pousser Xi Jinping à jouer un rôle de médiation dans la guerre en Ukraine. Selon un conseiller de l’Élysée, la Chine est le seul pays capable d’avoir “un impact radical et immédiat” sur le conflit.


Le petit Ximiste. En dépit de la visite de Xi Jinping à Moscou le mois dernier, la France veut encore croire que la position de la Chine sur l’Ukraine “ne s’est pas encore cristallisée”, selon un diplomate français interrogé par notre envoyée spéciale Clea Caulcutt. Et qu’il est encore possible de la décourager de soutenir militairement la Russie à travers des livraisons d’armes.


Le regard de Washington. A en croire plusieurs sources au sein de l’administration Biden, interrogés par Jonathan Lemire, correspondant de POLITICO à la Maison Blanche, les attentes des Américains sont… modestes. (Vous pouvez lire son topo, signé avec Clea Caulcutt et Stuart Lau, ici.) Les Etats-Unis regardent les initiatives du président français avec attention, mais aussi une dose de scepticisme. Juste avant de s’envoler en Chine, Macron a échangé avec Biden, a appris POLITICO. Les deux présidents ont affiché leur “volonté commune d’inciter la Chine à mettre fin à la guerre en Ukraine”.


La touche personnelle. Le chef de l’Etat et son homologue chinois échangeront pendant six à sept heures en cumulé durant le voyage — à comparer aux 45 minutes accordées à l’espagnol Pedro Sanchez la semaine dernière. Macron se rendra aussi vendredi à Canton (Guangzhou) avec Xi. Cette ville a une importance toute personnelle pour le dirigeant, car son père y était gouverneur de la province de Guangdong.


Ukraine, oui, Taiwan, non. Si Macron aura à cœur d’évoquer le conflit en Ukraine, il devrait être moins loquace sur la situation de Taiwan, dont la Chine revendique la souveraineté. Selon un conseiller de l’Elysée, le président ne parlera pas de ce sujet. A moins qu’Ursula von der Leyen, qui fait une partie du voyage, ne se charge de le faire. La semaine dernière, la présidente de la Commission européenne a affirmé que l’UE soutiendra “la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan”. Une rencontre entre Xi, Macron et Von der Leyen est prévue jeudi. Mes collègues à Bruxelles vous présentent le numéro d’équilibriste qui attend la cheffe de l’exécutif européen.


PLAYBOOK EXPRESS


ROME TACLE SCHIAPPA. Elisabeth Borne n’est pas la seule à avoir peu goûté la séance photo olé olé de la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa dans Playboy (à ne pas confondre avec Playbook, qui préfère satisfaire vos pulsions textuelles). Sa successeure au ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Isabelle Rome, a elle aussi bondi. “C’est sa liberté, mais je ne suis pas sûre qu’elle fasse avancer celles des autres femmes”, confiait-elle à votre infolettre hier. Playboy ? “C’est l’un des magazines qui véhicule le plus de stéréotypes sexistes”, constatait-elle, dépitée.


LR EN OPÉRATION SURVIE. Guilhem Carayon sera en Bretagne le 25 avril pour tenter de remettre de l’ordre chez les jeunes LR de la région, a appris notre collègue Antoine Comte. Le patron des Jeunes Rép prévoit d’annoncer la nomination de trois nouveaux responsables départementaux à l’occasion d’un petit raout militant à Rennes, a-t-il expliqué à Antoine.


Ces dernières semaines, une bonne dizaine de jeunes du parti dirigé par Éric Ciotti, dont les RDJ d’Ille-et-Vilaine, de la Manche et du Morbihan, ont rejoint les rangs du RN. Parmi eux : Flavien Termet, l’ex-responsable départemental adjoint des jeunes LR du Morbihan et déjà nouveau collaborateur à la direction générale du parti mariniste, à Paris. Un “épiphénomène”, selon Carayon.


A la manœuvre côté RN : l’actuel DG du parti à la flamme, lui-même breton et en charge des fédérations, des élections et de la formation, Gilles Pennelle. Il assure que ces défections de chez LR pourraient en entraîner d’autres en Bretagne et ailleurs. Dans son viseur : la fédé LR de la Sarthe, notamment, mais aussi des élus locaux bretons.


BONNE RÉSOLUTION. Comme votre infolettre vous le narrait dès hier, Renaissance et Horizons ont donc déposé une proposition de résolution pour demander la création d’une commission d’enquête suite aux manifestations violentes qui ont eu lieu à Sainte-Soline le 25 mars dernier. Elle portera sur “la structuration, le financement, l’organisation des groupuscules, la conduite des manifestations illicites violentes”, ont détaillé Aurore Bergé et Laurent Marcangeli, respectivement présidents des groupes Renaissance et Horizons, lors d’une conférence de presse commune hier.


Bande à part. Le MoDem n’a pas souhaité s’associer à l’initiative. “On n’est pas dans le bon tempo”, justifiait un élu bayrouriste que Playbook a croisé à l’Assemblée dans l’après-midi. Pas de quoi inquiéter leurs alliés. “Je ne doute pas que le MoDem sera en soutien”, assurait Bergé face aux journalistes. La PPR sera examinée la semaine du 9 mai prochain, lors d’une semaine de l’Assemblée.


AUSSI À L’AGENDA


Emmanuel Macron débute son voyage en Chine à 9h15 (heure de Paris), accompagné d’Ursula von der Leyen, des ministres Bruno Le Maire, Catherine Colonna, Marc Fesneau et Rima Abdul-Malak ainsi que de Jean-Pierre Raffarin, Éric Alauzet, Anne Genetet, Jean-Marie Le Guen et Bariza Khiari. A 10h50, il prononce un discours à la communauté française à la résidence de France. A 13h30, il prononce un discours d’inauguration du festival Croisements au musée Red Brick puis visite l’exposition inaugurale à 13h50.


La nuit prochaine, Emmanuel Macron arrive à 3h50 (heure de Paris) au Grand Palais du Peuple. A 4 heures, il s’entretient avec le Premier ministre Li Qiang. A 5 heures, il voit le président de l’Assemblée nationale populaire de Chine Zhao Leji.


Elisabeth Borne reçoit à 10 heures, aux côtés d’Olivier Dussopt et de Stanislas Guerini, les représentants de l’intersyndicale : Laurent Berger (CFDT), Sophie Binet (CGT), Frédéric Souillot (FO), François Hommeril (CFE/CGC), Cyril Chabanier (CFTC), Laurent Escure (UNSA), Murielle Guilbert et Simon Duteil (Solidaires), et Benoît Teste (FSU). A 17 heures, elle échange avec Geoffroy Roux de Bézieux (MEDEF), François Asselin (CPME) et Jean-Christophe Repon (U2P). Elle s’entretient à 19 heures avec Éric Ciotti, Olivier Marleix et Bruno Retailleau et à 20h30 avec Stéphane Séjourné.


Agnès Pannier-Runacher s’entretient à 10 heures avec Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement, chargé de France 2030 et à 11 heures avec Antoine Petit, PDG du CNRS. François Braun reçoit à 17h45 les garants du Conseil national de la refondation Santé.


Assemblée nationale : en séance publique à 15 heures, débat sur la revalorisation des salaires des enseignants, débat sur le bilan relatif à la loi confortant le respect des principes de la République. A 21h30, débat sur le thème “Contrer le recul de la culture scientifique à l’école, au sein de l’État et dans nos politiques publiques”.


A 9 heures, la commission des Lois auditionne Gérald Darmanin sur la “gestion du maintien de l’ordre” et à 14h30, décision sur les pétitions renvoyées à la commission, notamment la recevabilité de la pétition sur la dissolution de la Brav-M. La commission des Finances auditionne à 8h30 Jean-Luc Tavernier, DG de l’Insee et à 11 heures Alain de Serres, directeur adjoint de la branche des études de politique économique de l’OCDE.


La commission Défense auditionne à 9 heures le général Carsten Breuer, Generalinspekteur (CEMA allemand) et à 11 heures Sébastien Lecornu sur le projet de loi de programmation militaire. La commission des Affaires étrangères auditionne à 11 heures Marie-Christine Saragosse, PDG de France Médias Monde. A 15 heures, la commission des Affaires européennes auditionne Laurence Boone. Les commissions défense et finances auditionnent Pierre Moscovici. La commission d’enquête relative aux ingérences étrangères auditionne à 16h30 le lobbyiste et consultant Jean-Pierre Duthion et à 18h30 Michel Sapin.


Sénat : en séance publique à 15 heures, questions au gouvernement. A 16h30, 2e lecture de la proposition de loi visant à favoriser l’accès de tous les étudiants à une offre de restauration à tarif modéré, première lecture d’une proposition de loi visant à renforcer l’accès des femmes aux responsabilités dans la fonction publique.


La commission Aménagement du territoire auditionne à 9h30 Bernard Roman, ancien président de l’Autorité de régulation des transports. La commission des Lois auditionne à 11 heures Gérald Darmanin sur les événements survenus à Sainte-Soline.


Renaissance : séminaire des députés autour de 3 thèmes : “Comment sortir du malaise démocratique”, “Déserts médicaux : sortir de l’impasse” et “Territoires ruraux : premier et dernier kilomètre, objectifs atteints ?”. Interventions de Raphaël Enthoven, Gilles Finchelstein et Frédéric Dabi


Horizons : séminaire de travail des députés du groupe. Edouard Philippe y est attendu en fin d’après-midi.


RN : déplacement de Jordan Bardella en Martinique pour 3 jours sur la thématique l’inflation et du pouvoir d’achat.


EELV : conférence de presse à Lyon des maires et présidents de métropoles écologistes, en présence de Marine Tondelier à 11 heures.


MATINALES


7h30. Public Sénat : Pierre-Antoine Levi, sénateur UC du Tarn-et-Garonne.


7h40. France 2 : Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale.


RTL : Florent Pagny, chanteur … RMC : Pierre Ferracci, président du groupe Alpha.


7h45. Radio J : François Braun, ministre de la Santé.


7h50. France Inter : Thomas Bangalter, co-fondateur de Daft Punk … France Info : Raquel Garrido, députée LFI de Seine-Saint-Denis.


8h00. Public Sénat : Laurent Marcangeli, député Horizons de Corse.


8h15. Europe 1 : André Chassaigne, président du groupe GDR à l’Assemblée nationale … CNEWS : Alain Bauer, professeur de criminologie … France 2 : Isabelle Fromentin, infirmière-chercheuse … Sud Radio : Sacha Houlié, député Renaissance de la Vienne … Radio Classique : Jérôme Jaffré, politologue … BFM Business : Christel Heydemann, DG d’Orange.


8h20. France Inter : Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre … RFI : Cyril Chabanier, président de la CFTC.


8h30. France Info : Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique… BFMTV/RMC : Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur… LCI : Thierry Breton, commissaire européen.


CARNET


AUJOURD’HUI DANS PARIS INFLUENCE : Région, Etat, Armée : pourquoi la FIC n’est pas à la fête … On a répertorié le répertoire des lobbies pour 2022 … Les sites industriels polluants invités à faire mieux (grosse subvention à la clé). C’est à 7h30 pour nos abonnés POLITICO Pro.


DANS LE JORF : le général Fabien Mandon est nommé chef de l’état-major particulier d’Emmanuel Macron à compter du 1er mai, en remplacement de l’amiral Jean-Philippe Rolland.


ANNIVERSAIRES : Damien Abad, député Renaissance de l’Ain … Florian Bachelier, ancien questeur de l’Assemblée nationale … Laurence Maillart-Méhaignerie, députée Renaissance d’Ille-et-Vilaine … Nadine Bellurot, sénatrice LR de l’Indre … Jean-Jacques Panunzi, sénateur LR de Corse-du-Sud … Stéphane Rambaud, député RN du Var.


Un grand merci à : Clea Caulcutt, Antoine Comte, nos éditeurs Jules Darmanin et Pauline de Saint Remy, Martin Lagrave pour la veille et Grace Stranger pour la mise en ligne.


ABONNEZ-VOUS aux newsletters de POLITICO (en anglais): Brussels Playbook | London Playbook | London Playbook PM | Playbook Paris | POLITICO Confidential | Sunday Crunch | EU Influence | London Influence | Digital Bridge | China Direct | Berlin Bulletin | D.C. Playbook | D.C. Influence | Global Insider | POLITICO Pro newsletters