POLITICO Pro Paris Influence: Ne pas en faire une Montaigne — 150 nuances d’influenceurs — Le verdissement attendra

POLITICO Pro Paris Influence: Ne pas en faire une Montaigne — 150 nuances d’influenceurs — Le verdissement attendra
Опубликовано: Monday, 27 March 2023 07:00

Notre newsletter quotidienne sur les enjeux de lobbying et de transparence en France.




Par OCÉANE HERRERO


Avec Alexandre Léchenet et Paul de Villepin


Infos, tuyaux et mini-drames à partager à @ElisaBraun, @Heroceane, @DevillepinPaul, @alphoenix ou [email protected] | Voir dans votre navigateur


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LE MENU DU JOUR

L’Institut Montaigne bataille contre la qualification de “représentant d’intérêts”.


— La PPL influenceurs inquiète Mcfly, EnjoyPhoenix and co.


— Cafouillage bercien après l’annulation en dernière minute d’une présentation sur l’industrie verte.


Bonjour à toutes et à tous, les responsables des affaires publiques sont-ils les prochains sur la liste des professions ubérisées par ChatGPT ? Hugo Weber, directeur des affaires publiques de la plateforme marketplace B2B et B2C Mirakl, a mis l’intelligence artificielle à l’essai en lui demandant de rédiger un amendement à la proposition de loi visant à encadrer l’influence commerciale. Le résultat, publié sur LinkedIn, pourrait séduire certains députés impatients de réguler le dropshipping.



LOBBYING

NE PAS EN FAIRE TOUTE UNE MONTAIGNE. L’Institut Montaigne a déposé récemment deux recours devant le Conseil d’Etat pour contester son inscription au registre des représentants d’intérêts, réclamée par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).


Rappel au règlement. “Si une entité remplit tous les critères qui définissent un représentant d’intérêts, alors elle doit nécessairement s’inscrire sur le répertoire des représentants d’intérêts. Les think tanks n’obéissent pas à un régime distinct des autres entités de ce point de vue, prévient-on à la HATVP. S’ils ne font pas de la représentation d’intérêts, qu’ils le prouvent.”


Les exceptions prévues par la loi concernent les élus, les partis politiques, les syndicats dans le cadre des négociations nationales et les associations cultuelles ou d’élus.


Libre dans sa tête. Dans un message envoyé à ses adhérents, l’institut se justifie : “Etre assimilé à des représentants d’intérêts catégoriels nuirait gravement à notre mission et conduirait à jeter un doute sur notre démarche. [La HATVP] n’a sans doute pas mesuré les répercussions profondes de ce qu’elle demande sur notre mode de fonctionnement et l’aspect véritablement dissuasif de sa démarche.” Contacté, le think tank n’a pour l’instant pas donné suite.


A coups d’emoji facepalm, un lobbyiste s’agace de l’argumentaire : “Rien d’infamant à être représentant d’intérêts. L’objectif du registre est de donner à voir comment la loi s’écrit, pas de faire la transparence sur les actions des acteurs économiques.” Un observateur du secteur s’interroge également : “Tous leurs positionnements sont publics. Ce qu’on veut savoir c’est comment ils les communiquent. [L’ancien directeur] Laurent Bigorgne avait l’air de passer beaucoup de temps en rendez-vous.”



INFLUENCEURS

150 NUANCES D’INFLUENCEURS. L’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu (UMICC) a lancé une offensive de charme face à la proposition de loi sur la régulation de l’influence commerciale. 150 créateurs de contenus membres de cette nouvelle organisation, dont les youtubeurs de premier plan Squeezie ou EnjoyPhoenix, ont signé une tribune samedi sur le site du JDD à l’adresse des députés, dans laquelle ils appellent les législateurs à ne pas “casser leur modèle”.


“On va se gêner !”, a tweeté en réponse le député Carlos Martens Bilongo (LFI), faisant écho à un bon nombre de critiques sur Twitter, qui reprochent à certains signataires d’avoir été muets sur la réforme des retraites et de ne prendre la plume que pour défendre leur gagne-pain.


Oups. A peine leurs noms associés à la tribune, plusieurs influenceurs et pas des moindres ont battu en retraite voire… affirment ne “jamais avoir signé ce truc”, comme Cyprien. Affiché comme signataire, le streamer Gotaga s’est aussi empressé d’écrire qu’il n’avait jamais eu connaissance de cette tribune. Quant à Squeezie, il affirme avoir fait “l’erreur de donner son accord” pour un texte qu’il n’avait pas lu avant publication.


Sollicitée par nos soins, l’Umicc précise que par ce texte, les influenceurs se disent “à 100% pour la régulation, et rappellent avant le vote [prévu cette semaine à l’Assemblée] ce qu’est leur métier”.


Le procès en déconnexion tombe donc mal, alors que le secteur a pour l’instant plutôt bénéficié d’un assouplissement des mesures d’encadrement initialement prévues par Stéphane Vojetta (Renaissance) et Arthur Delaporte (Socialiste). Bercy s’est placé côté business en appelant aussi à une vision plus souple de la régulation, que le ministère souhaite aligner sur les règles publicitaires en vigueur sur les autres supports.


Certains amendements s’annoncent cependant beaucoup plus radicaux pour la planète influenceurs. Des députés écologistes demandent l’interdiction de promotion de tout produit ou service allant à l’encontre des objectifs de l’Accord de Paris. D’autres souhaitent interdire “strictement” la publicité par des influenceurs de produits “trop gras, trop sucrés, trop salés, sur les réseaux sociaux et les plateformes en ligne”. De quoi donner des cheveux blancs à un certain nombre d’acteurs de l’agroalimentaire.



BERCY

CAFOUILLAGE INDUSTRIEL. Ce matin devait avoir lieu à Bercy la présentation des propositions du projet de loi industrie verte. L’événement, honoré par la présence de pas moins de quatre ministres (Bruno Le Maire, Roland Lescure, Christophe Béchu et Agnès Pannier-Runacher), aurait permis aux députés et membres de la société civile qui élaborent le texte depuis deux mois de remettre très officiellement les premières pistes concrètes afin d’accélérer la décarbonation du secteur industriel.


Dernière minute. Alors que le rapport et les powerpoints étaient prêts et que les invitations à la presse et à une palanquée de chefs d’entreprises étaient déjà parties, le cabinet de Bruno Le Maire a décidé unilatéralement vendredi matin de reporter sine die la conférence de presse.


Dans un mail laconique, le service com de Bercy a justifié ce report pour “des raisons d’agenda”. Peu convaincu par cette excuse, mon collègue Paul de Villepin a chatouillé le cabinet du ministre, qui n’a pas mis longtemps à admettre que l’annulation était due à un “manque de visibilité médiatique”. Le texte n’a pourtant pas vocation à intéresser l’ensemble des Français, plus préoccupés par les retraites que par la réhabilitation des friches industrielles ou le “verdissement du crédit impôt recherche”, nous a concédé un des artisans du PJL, un brin désabusé.


“Ça crée un effet de panique”, jugeait cette même source parlementaire qui a observé des députés en déduire (hâtivement) que cette annulation était le signe d’un remaniement imminent. Le signal envoyé aux “dirigeants d’entreprises invités n’est pas extraordinaire non plus”, renchérissait-il.



INFLU EXPRESS

UN CHANTIER DANS LA BOUE. Alors que la France bétonne l’équivalent d’un département tous les dix ans, le vote en 2019 d’un objectif zéro artificialisation nette était censé mettre la pédale douce sur les chantiers à tout crin. Est-on plus avancé aujourd’hui ? Pas vraiment, selon mon collègue Alexandre Léchenet, qui vous donne les clés pour comprendre la zizanie sur le ZAN.


LIVRAISON RAPIDE. Dans la foulée de la décision du Conseil d’Etat confirmant que les dark stores sont des entrepôts, le ministère de la Transition écologique a publié l’arrêté mettant à jour les catégories disponibles pour les plans locaux d’urbanisme. Grâce à lui, les élus peuvent délimiter clairement les locaux disponibles pour accueillir (ou non) dark stores et autres dark kitchen.


Plein d’espoir, Getir, un des derniers acteurs du secteur, nous a répondu : “Nous espérons que ce décret nous permettra de poursuivre l’expansion de nos activités afin de répondre à la demande croissante des consommateurs. (…) D’autre part, les acteurs traditionnels du retail intègrent le quick-commerce à leur stratégie de vente multicanal, en ouvrant leurs propres magasins ou en s’associant avec des pure players.”



À LIRE AILLEURS

— Franc-maçonnerie : à Melun, l’ex-Grand Maître évoque la “quête de sens et le partage d’idées” au XXIe siècle (Le Parisien)


— Au “Canard enchaîné”, prises de bec et guerre de plumes (Libération)


— Leroy Merlin en Russie : un retrait qui n’en est pas vraiment un (Les Echos)



MERCATO

Olivia Andrez, jusqu’ici directrice du cabinet de conseil en stratégie 2017, est nommée conseillère chargée des relations avec la société civile auprès du porte-parole du gouvernement Olivier Véran.


Margaux Sauvaget quitte la direction générale du Trésor et rejoint Agnès Pannier-Runacher en tant que conseillère climat, décarbonation et programmation énergétique au cabinet de la ministre de la Transition énergétique.


Christophe Bouchard, ex-ambassadeur à Madagascar, est nommé président du conseil d’administration de France Education international.



LES RENDEZ-VOUS DE LA SEMAINE

NOUVELLES TÊTES. Deux congrès à haute valeur influ ajoutée cette semaine. Celui de la CGT (toute la semaine jusqu’à vendredi) et celui de la FNSEA (de mardi à jeudi). On connaîtra donc officiellement les remplaçants titulaires de Philippe Martinez et Christiane Lambert. Can’t wait.


Lundi 27 mars. La commission d’enquête sur TikTok reçoit Julien Nocetti, chercheur associé au centre Russie/NEI, après avoir entendu la DGSI à huis clos.


Mardi 28 mars. L’Assemblée vote solennellement le projet de loi sur les Jeux olympiques 2024 ; Les députés débutent l’examen de la proposition de loi transpartisane visant à lutter contre les dérives des influenceurs sur les réseaux sociaux ; La commission d’enquête sur les ingérences étrangères entendra le député européen et ancien ministre Thierry Mariani.


Mercredi 29 mars. Le tribunal de Paris rend son délibéré concernant l’ex-président du Val-de-Marne Christian Favier (PCF), jugé pour “détournement d’emplois publics administratifs”.


Dimanche 2 avril. Les Parisiens sont appelés aux urnes pour se prononcer sur l’avenir des trottinettes électriques dans la capitale.


Un grand merci à : notre éditeur Jason Wiels.