Playbook Paris: Article 2, défaite à domicile — Nouvelles concessions — La Chine à Paris

Playbook Paris: Article 2, défaite à domicile — Nouvelles concessions — La Chine à Paris
Опубликовано: Wednesday, 15 February 2023 05:18

Le briefing politique essentiel du matin.




Par ANTHONY LATTIER


Avec ELISA BERTHOLOMEY


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Bonjour à toutes et à tous, très bon réveil, nous sommes mercredi 15 février 2023.


EN CHAMBRE


PLAYBOOK REFAIT LE MATCH. Ça commence à devenir une habitude : votre infolettre a de nouveau fait chauffer son téléphone hier soir, entre minuit et 1 heure du matin, pour comprendre ce qu’il s’était passé quelques minutes auparavant à l’Assemblée nationale. En l’occurrence : le rejet de l’article 2 de la réforme des retraites instaurant un “index seniors” dans les entreprises. A l’issue du vote, les élus Nupes et du RN, depuis leur parcage de part et d’autre du stade, ont exulté, alors les députés de la majorité ont enragé dans leur tribune VIP.


Les stats. L’article 2 a été rejeté par 256 voix contre et 203 pour (8 députés se sont abstenus). Il manquait donc pas moins de 53 voix pour faire passer l’article. Une grande partie de l’explication est à chercher du côté du côté des LR, avec qui le gouvernement ne cesse pourtant de négocier depuis plusieurs semaines. Sur les 44 députés présents, 38 ont voté contre et 6 se sont abstenus. Au sein de la majorité, deux députés Horizons se sont abstenus : Thierry Benoit et Yannick Favennec-Bécot. Les 4 députés du groupe Liot présents dans l’hémicycle ont aussi voté contre.


L’important, c’est l’étroit point. Interrogé à la sortie des vestiaires par Playbook, un cadre LR assumait sans détour : “On n’aimait pas l’index seniors. On voulait aussi se défouler sur un article non central”. Il a précisé que la décision de voter contre avait été prise en réunion de groupe le matin même. Les concessions sur les carrières longues, annoncées dans l’après-midi par la Première ministre, n’y auront donc rien changé. Pour calmer le jeu, la même source nous signifiait toutefois que ce vote des LR ne préjugeait pas de ceux sur les articles suivants.


L’index à l’index. Il n’empêche, le choix des LR a fait enrager le camp présidentiel. Au téléphone avec nous, un conseiller de l’exécutif s’étouffait : “c’est quand même lunaire de la part de ceux qui insistaient sur l’emploi des seniors !”. Sans même faire appel à la VAR, la patronne des députés Renaissance, Aurore Bergé s’est empressée de sortir un “carton rouge” contre l’ensemble des oppositions : “leur seule ligne : voter contre”, a-t-elle fustigé. “C’est une petite défaite”, reconnaissait pour sa part un député Renaissance, avec qui votre infolettre échangeait sur Telegram. Le même voulait croire que “rien n’[était] terminé”, et que la majorité “sera prête pour le reste du texte”. La saison est encore longue.


Arbitrage. “C’est la preuve, s’il en fallait, que le salut ou l’échec de la majorité viendront notamment de LR”, constatait hier soir un député socialiste. Le même se réjouissait d’”un gros coup de semonce” pour le camp présidentiel, s’emballant : “La peur a changé de camp”. Le député RN Thomas Ménagé se réjouissait, sur Twitter, voulant croire qu’un rejet de l’article 7 [qui prévoit le recul de l’âge légal à la retraite à 64 ans] était “possible” et appelant indirectement la Nupes à retirer ses amendements pour qu’il soit examiné.


Le score. “Un partout, balle au centre”, estime un conseiller parlementaire de la majorité, après un lundi marqué par le dérapage du député insoumis Aurélien Saintoul et un mardi marqué par un revers de la majorité.


L’AMENDOMÈTRE. L’examen de l’”après article 2″ de la réforme reprendra à 15 heures. 605 amendements ont été discutés, 42 ont été adoptés et 427 rejetés. 1638 ont été retirés. Il reste encore 14 244 amendements à discuter avant vendredi minuit.


CARRIÈRES LONGUES


ARBITRE INGRAT. Cette défaite sur l’article 2 est d’autant plus frustrante pour la majorité que l’exécutif avait annoncé, juste avant, des ajustements sur les carrières longues pour satisfaire les exigences des Républicains.


De quoi parle-t-on. Lors des questions au gouvernement, Borne avait annoncé le dépôt d’un amendement dont le principe est le suivant : “dès lors qu’est atteint l’âge de départ anticipé, la réforme ne prévoit pas, pour les carrières longues, de durée de cotisation supérieure à 43 ans.” Elle accédait ainsi à une demande des LR mais aussi de la majorité de ne pas pénaliser celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt, en leur demandant 44 annuités de cotisations.


Concrètement. “La mesure [annoncée hier] concerne notamment ceux qui ont travaillé à partir de 17 ans et qui arrivent à 60 ans avec 43 annuités de cotisations de partir à la retraite, au lieu de devoir cotiser 44 ans et de ne pouvoir partir qu’à 61 ans”, explicitait hier soir une conseillère d’Elisabeth Borne au téléphone. La même vantait un “ajustement important”.


Bien. Une partie des LR l’avait perçu ainsi. Interrogé par Le Figaro, Eric Ciotti s’est réjoui d’un “pas supplémentaire” qu’il “accepte avec satisfaction”. “On a incontestablement progressé sur le sujet des carrières longues”, a lui-aussi applaudi le patron du groupe LR, Olivier Marleix, interrogé sur BFMTV. Toutefois, l’un de ses proches, avec qui nous échangions nuitamment, affichait sa “prudence”. “Les annonces sont encore loin d’être claires”, nous disait-il.


Mais pas top. Libération note en effet que l’amendement en question ne traduit pas tout à fait les propos de Borne. Il est, de fait, un poil abscons. Les précisions seront apportées par décrets, précise l’exposé de l’amendement rédigé par le gouvernement.


Après l’annonce de Borne, Aurélien Pradié avait continué à faire monter les enchères, en s’adressant directement à la Première ministre sur Twitter. “Rendez-vous service, levez les petits flous et les grandes ambiguïtés”, exhortait-il. Ajoutant : “Tous les travailleurs en carrière longue partiront bien après 43 annuités ? Ceux qui débutent entre 17 et 20 ans, c’est clair. Et nos apprentis qui débutent à 16 ans ?” Votre serviteur s’est enquis auprès de Matignon, qui a répondu : “Ceux qui ont commencé à travailler à partir de 16 ans ne sont pas concernés par la réforme et continueront de partir à 60 ans.”


MOBILISATION


RÉUNION NUPES SYNDICATS. Après la quatrième journée de manifestations contre la réforme des retraites, les dirigeants des 4 partis de la Nupes (LFI, PS, EELV, PCF) et plusieurs patrons de syndicats se retrouvent à la mi-journée à l’Espace Cedias, dans le 7e arrondissement de Paris, selon les informations du Parisien, qui ont été confirmées à Playbook. Outre Philippe Martinez pour la CGT, la présence des représentants de la CFE-CGC, de Solidaires, de la FSU, de l’Unef, de la Fidl, et de Voix lycéennes avaient confirmé leur présence, nous indiquait hier soir un chef de parti qui sera autour de la table.


Tous ensemble, tous ensemble. Il s’agit évidemment de discuter de la suite à donner à la mobilisation contre la réforme des retraites, à la veille d’une nouvelle journée de grèves. Mais, au-delà, “le vrai objectif est de montrer qu’on est unis dans la bataille”, nous précisait l’un des organisateurs.


Sauf un. Le patron de la CFDT, Laurent Berger, bien qu’assumant une ligne inhabituellement dure contre le gouvernement, ne sera pas là, selon la même source. L’ensemble de l’intersyndicale a été invité. Cette réunion n’est pas exceptionnelle en elle-même : elle s’inscrit à la suite de celles qui sont organisées régulièrement entre la Nupes et les syndicats depuis plusieurs mois.


PLAYBOOK EXPRESS


WANG YI A PARIS. Le ministre chinois des Affaires étrangères est reçu aujourd’hui à l’Elysée par le Président de la République. Wang Yi, qui est officiellement le “directeur du bureau de la commission centrale chinoise en charge des affaires étrangères et conseiller des affaires d’Etat”, rencontrera aussi son homologue Catherine Colonna. Au menu des discussions entre Emmanuel Macron et Wang Yi : “la guerre en Ukraine et ses conséquences” et la “coopération avec la Chine” sur plusieurs sujets, notamment le climat, indique un communiqué de la présidence.


Prise de température. Mais cette rencontre vise aussi à préparer un futur déplacement de Macron à Pékin, comme l’expliquait ma collègue Clea Caulcutt la semaine dernière ici. En échangeant avec Wang Yi, Macron veut sonder la Chine sur son positionnement sur la scène internationale : “Peut-elle jouer un rôle responsable et œuvrer au respect des chartes juridiques internationales ?”, a expliqué un diplomate, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat pour des raisons de protocole, à Clea. “Si la Chine tolère l’agression russe contre l’Ukraine, c’est une mauvaise nouvelle”, a déclaré le même, qui espérait : “Le président repartira avec une vision claire de leur état d’esprit”.


AUSSI À L’AGENDA


Emmanuel Macron s’entretient à 12 heures avec Wang Yi, directeur du bureau de la commission centrale chinoise en charge des affaires étrangères. Il s’entretient à 16 heures avec Gianni Infantino, président de la Fédération internationale de football, pour évoquer la situation de Noël Le Graët. Le président s’entretient à 17 heures avec Tamim ben Hamad Al Thani, émir du Qatar.


Elisabeth Borne préside à 17h30 la 2e édition des “Rencontres jeunesse de Matignon” en présence de François Braun.


Laurence Boone s’entretient à 16h45 avec Laurence Tubiana, directrice de la Fondation européenne pour le Climat et à 18h30 avec Peter Burke, secrétaire d’État irlandais chargé des Affaires européennes et de la Défense. A 12 heures, Jean-Christophe Combe s’entretient avec Jacques Wolfrom, DG du groupe Arcade Vyv et Denis Piveteau, conseiller d’Etat, président adjoint de la section sociale. Hervé Berville s’entretient à 17 heures avec Gérard Valin, vice-amiral d’escadre à l’Institut des hautes études de défense nationale et à 18h15 avec Philippe Baptiste, président du Centre national d’études spatiales.


Olivia Grégoire intervient à 11 heures lors du comité directeur confédéral de la confédération des petites et moyennes entreprises. Roland Lescure s’entretient à 18 heures avec Christophe Girardier, PDG de Glimpact et à 19 heures avec Audrey Derveloy, présidente de Sanofi France. A 8 heures, Agnès Pannier-Runacher s’entretient avec Marianne Laigneau, présidente du directoire d’Enedis puis à 9 heures avec Jean-Christophe Niel, directeur général de l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.


Assemblée nationale : En séance publique à 15 heures et 21h30 : suite de la discussion du PLFRSS. A 18 heures, la commission d’enquête visant à établir les raisons de la perte de souveraineté de la France auditionne Barbara Pompili.


Sénat : En séance publique à 15 heures, questions d’actualité au Gouvernement. A 16h30 et 21h30 : suite et fin de la proposition de loi sur l’amélioration de l’accès aux soins et proposition de loi visant à sécuriser l’approvisionnement des Français en produits de grande consommation. La commission des affaires économiques auditionne Philippe Wahl, PDG de la Poste.


MATINALES


7h20. RFI : Prisca Thevenot, députée Renaissance des Hauts-de-Seine.


7h30. Public Sénat : Philippe Bas, sénateur LR de la Manche.


7h40. France 2 : Eric Ciotti, président LR … RTL : Chloé Morin, auteure … RMC : Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique.


7h45. Radio J : Pierre Jouvet, porte-parole du PS.


7h50. France Inter : Catherine Frot, actrice … France Info : Sarah El Haïry, secrétaire d’État chargée de la Jeunesse.


8h00. Public Sénat : Sébastien Chenu, député RN du Nord.


8h15. Europe 1 : ChatGPT et Olivier Babeau, président de l’institut Sapiens … CNEWS : Jérôme Fourquet, politologue … France 2 : Étienne Moatti, journaliste … Sud Radio : Franck Riester, ministre chargé des Relations avec le Parlement … Radio Classique : Didier Lallement, secrétaire général de la mer … BFM Business : Eric Lombard, DG Caisse des dépôts.


8h20. France Inter : Olivier Dussopt, ministre du Travail.


8h30. France Info : Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme … BFMTV/RMC : Julien Bayou, député EELV de Paris … LCI : Laure Mandeville, grand reporter au Figaro.


CARNET


AUJOURD’HUI DANS PARIS INFLUENCE : Portes ouvertes à l’Elysée pour l’émir du Qatar … Conseil : l’Etat tente de redevenir son propre coach … De la marge sur les marges de la grande distrib. C’est à 7h30 pour nos abonnés POLITICO Pro.


DANS LE JORF : Sophie Louvancour quitte le cabinet d’Elisabeth Borne. Laetitia Pierrat est promue conseillère communication stratégique, presse et réseaux sociaux au cabinet de Catherine Colonna. Nouveaux déports pour Eric Dupond-Moretti, qui ne connaît pas des actes relatifs “à la carrière ou au statut d’un magistrat dont le comportement est ou a été mis en cause à raison d’affaires impliquant des parties dont il a été l’avocat ou dans lesquelles il a été impliqué” ou “à la carrière ou au statut d’un magistrat participant aux procédures dans lesquelles il est mis en cause en qualité de ministre ou d’avocat”


ANNIVERSAIRES : Yves Cochet, ancien député européen EELV.


Un grand merci à : Clea Caulcutt, nos éditeurs Jules Darmanin et Pauline de Saint Remy, Martin Lagrave pour la veille et Grace Stranger pour la mise en ligne.


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